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Après 6000 milles parcourus, le voilier Blue Observer est arrivé le 19 janvier à l’île isolée de Sainte-Hélène, en plein milieu de l’Atlantique sud, après être parti de Woods Hole, aux Etats-Unis (Massachussetts) 36 jours plus tôt. Le bateau a ainsi achevé la deuxième de trois étapes réalisées pour le programme Argo. Au fil de ce parcours, l’équipage de six personnes mené par Eric Defert a disséminé 46 flotteurs porfilants Argo à des positions GPS précises pour le compte des Etats-Unis et du Canada.

Le départ de cette première expédition pour Blue Observer a eu lien en octobre 2021, à Brest, où la société a été créée. Elle propose des prestations de services océanographiques à destination de scientifiques et d’industriels. Mais sa genèse remonte en réalité à l’expérience du fond de dotation Iodysseus monté en 2016 pour mener de la recherche autour du plancton, en particulier de bloom planctonique. L’équipe avait alors constaté qu’il existait des opportunités pour acquérir un bateau et devenir opérateur scientifique maritime pour des industriels ou des scientifiques. Dans cette perspective, le voilier offre une solution à la fois économique, flexible et peu polluante.

 

 

 

Une équipe réunie autour d’Eric Defert, ancien coureur au large, a donc racheté l’ancien Adrien, voilier de 25.7 m de long pour 5.4 de large avec lequel le skipper Jean-Luc Van Den Heede a battu le record du tour du monde à la voile à l’envers (contre le vent, d’Est en Ouest), en 122 jours, 14 heures et 49 secondes. Ce plan Vaton en aluminium construit en 2002 au chantier rochelais Gamelin a été acheté en mars 2021 et a ensuite subi une rénovation complète dans le bassin numéro 5, à Brest : révision du gréement, sortie d’eau, hydrogommage, peintures, création d’un laboratoire, travaux d’aménagement intérieur... Aujourd’hui le bateau dispose d’une station météo, d’un thermosalinographe pour mesurer différents paramètres de l’eau de surface (salinité, température), d’un laboratoire de microbiologie embarqué, d’une soute pouvant contenir des balises et embarquer une charge de 2.5 tonnes, de collecteurs pour le plancton ou les aérosols, d’une capacité de déploiements d’équipements scientifiques (drones, robots) avec un système de perche.

Sa première mission coordonnée par OceanOPS (centre international de l’Organisation météorologique mondiale et de la commission océanographique intergouvernementale de l’Unesco), et financée par la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration américaine), la Woods Hole Oceanographic institution, le programme Argo du Canada et Euro-Argo (infrastructure européenne de recherche) a pour objectif de renouveler une partie des flotteurs autonomes du programme Argo lancé au début des années 2000. Ces flotteurs dérivants servent à fournir des données aux études sur les propriétés des masses d’eau, la variabilité océanique, les variations climatiques, mais aussi pour les modèles de prévisions météorologiques. Ils plongent suivant un cycle de 10 jours jusqu’à des profondeurs atteignant 2000 mètres et prennent des mesures en remontant la colonne d’eau avant de transmettre les données par satellite. En tout, 4000 flotteurs sont dispersés dans l’océan Atlantique et, tous les ans, un quart du parc doit être renouvelé, les balises ayant une durée de vie limitée.

En se rendant dans des zones isolées, la mission permet de maintenir la distribution optimale des flotteurs existants dans l’Atlantique. Dans un premier temps, l’équipage a déposé 17 flotteurs dans l’Atlantique nord. Blue Observer a ensuite chargé 83 autres flotteurs pour être déposés entre l’Amérique du Sud et l’Afrique, le long des côtes d’Afrique de l’Ouest, dans le golfe de Guinée et au large des côtes angolaises et namibiennes. C’est la première fois qu’un voilier déploie à cette échelle ces instruments. Une tâche parfois délicate. Le bateau réalise par ailleurs des prélèvements d’aérosols en haute mer ainsi qu’une observation des mammifères marins.

Si la voile présente des avantages économiques et écologiques sur le moteur, il s’avère délicat d’atteindre un point GPS précis. Si le navire, conçu pour des navigations particulièrement difficiles, donne satisfaction, il s’avère assez spartiate, puisqu’il n’y a pas de cabines individuelles et que le matériel scientifique occupe beaucoup de place. La troisième étape du voyage doit conduire l’équipage et son bateau vers le Cap-Vert puis Brest, où il devrait arriver pendant le mois de mars.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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