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Lancés avec le parc marin d'Iroise le 28 septembre 2007, les parcs naturels marins (PNM) fêteront cette année leurs quinze ans. Ces outils destinés à protéger l’environnement maritime et améliorer sa connaissance, tout en permettant le développement d’activités économiques durables, sont désormais bien inscrits dans le paysage maritime français. Depuis le 1er janvier 2020, les huit parcs marins dépendent de l'Office français de la biodiversité (OFB). A l'occasion du One Ocean Summit, Michel Peltier, délégué mer à l'OFB, revient avec Mer et Marine sur le fonctionnement des parcs marins et les enjeux pour les années à venir.

MER ET MARINE : Qu’est-ce qu’un parc marin, à quoi sert-il et comment sont nés les parcs marins ?

MICHEL PELTIER : C’est une catégorie d’aires marines protégées en France (un PNM peut englober des sites Natura 2000, des réserves naturelles, des arrêtés de biotopes). Il sert à acquérir des connaissances sur le patrimoine naturel et culturel du parc, à proposer et mettre en œuvre des mesures de protection, à réaliser des programmes de restauration et de gestion de ce patrimoine et accompagner les usagers à réduire les impacts de leurs activités sur ces patrimoines (objectif dit de « développement durable »). Ce sont aussi des espaces d’expérimentation et d’innovation.

Ils sont nés de la volonté de l’Etat (création par un décret) et des acteurs locaux, après un travail d’études et de préfiguration parfois assez long. Aujourd’hui on compte huit parcs naturels marins (le PNM des Glorieuses ayant été transformé en 2021 en une réserve naturelle nationale), par ordre de création : PNM de l’Iroise (2007), de Mayotte (2010), du Golfe du Lion (2011), Estuaires picards-mer d’Opale (2012), Bassin d’Arcachon (2014), Estuaire de la Gironde-Mer des pertuis (2015), Cap Corse et Agriate (2016), Martinique (2017).

Quelles sont les prérogatives des parcs ? Comment fonctionnent-ils ?

Les PNM sont gouvernés par un conseil de gestion réunissant toutes les parties prenantes, qui adopte un plan de gestion d’une durée de 15 ans. Ce plan de gestion qui se décline en plan d’actions annuel, est mis en œuvre par l’OFB (service affecté au parc comprenant un service ingénierie et un service opération) et par les acteurs (les pêcheurs, les conchyliculteurs, les gestionnaires portuaires...). Le conseil de gestion se prononce par délégation du conseil d’administration de l’OFB sur les projets (portés par l’Etat ou des acteurs privés) qui peuvent impacter le patrimoine du parc (parc éolien, travaux de défense contre la mer...). Les projets les plus importants sont vus en conseil d’administration de l’OFB. En avis conforme défavorable signifie l’arrêt du projet.

Quels sont les moyens humains des parcs et quel est le budget global ?

L’équipe du parc est dirigée par un directeur délégué placé sous l’autorité du directeur régional de l’OFB. Le fonctionnement du parc, la masse salariale, les investissements (moyens nautiques par exemple) sont supportés par l’office ; les projets sont financés par l’OFB qui sollicite aussi des partenaires (collectivités locales, fonds ou programmes européens – le projet LIFE MarHA soutient des projets dans les PNM, mécénat...). En 2021, les crédits d’intervention, d’investissement et de fonctionnement (hors masse salariale) se sont élevés à 8,8 millions d’euros. Les PNM bénéficient également de 19 millions d’euros sur le plan de relance (sur 3 ans). Les effectifs au 1er janvier 2022 sont de 115 agents. Ils seront de 125 fin 2022. Soit une moyenne de 15 agents permanents auxquels il faut rajouter des agents temporaires (pour la réalisation de projets, des volontaires du service civique, des stagiaires, des agents des collectivités mis à disposition...).

Quelles sont les grandes réussites des parcs depuis leur création ?

En matière de connaissance : on peut signaler les découvertes des anneaux coralligènes dans le PNM du Cap Corse et de l’Agriate. Leur secret n’est pas encore tout fait percé. Plusieurs missions doivent encore être menées pour comprendre leur formation. On peut aussi citer la cartographie des habitats récifaux de Mayotte, réalisée avec plusieurs organismes de recherche : une première à l’échelle des outre-mer français. En Martinique, le PNM étant immense, nous manquons cruellement de données notamment sur la biodiversité du large : la mission An ba D’lo, en partenariat avec la Marine Nationale a permis d’étudier le micro plancton, la mégafaune marine, la qualité de l’eau (et la présence de micro plastique)... Les PNM cherchent aussi à améliorer la connaissance des usages au sein de leur parc : on peut ainsi indiquer le projet « inter parcs » RESOBLO (mise en œuvre d’un RESeau d’OBservatoires des activités de LOisirs dans plusieurs PNM).

Pour la gestion et la restauration d’habitats ou d’espèces, on peut citer le dispositif de régulation de la récolte des laminaires (macro algues brunes) et les mesures de protection (création d’un cantonnement) de la langouste rouge dans le PNM d’Iroise, des actions de restauration des herbiers de zostères, dans le PNM d’Arcachon, ou encore de nombreuses opérations de dépollution engagées (actuellement, la résorption d’une décharge à Ouessant).

En matière de protection, signalons l’extension de la réserve naturelle nationale de l’Iroise, projet confié par l’Etat au PNM d’Iroise ; ou encore les projets en cours de création de zones de protection forte. Le projet ARPEGI dans le parc marin de l’estuaire de la Gironde et de la mer des Pertuis vise à réaliser des « analyses risque pêche » : il s’agit d’évaluer les impacts des activités de pêches sur 25 sites au sein du PNM.

Concernant la mobilisation des acteurs, des chartes d’engagement des acteurs ont été lancées (guides découvertes partenaires ; pêcheurs partenaires ; ports partenaires).

Enfin, sur l’innovation et l’expérimentation, les PNM mènent de nombreux projets comme : BioCAst (méthode innovante de cartographie par analyse d’images satellites haute définition) ; la mise au point de filets de pêche biodégradables et compostables (parc des estuaires picards et de la mer d’Opale), de mouillages écologiques, de restauration des coraux, de pirogues éco conçues (à Mayotte)...

Quels sont aujourd'hui les principaux enjeux pour les parcs ?

Les PNM qui comprennent des sites Natura 2000 devront finaliser les analyses risques pêche et proposer les mesures qui permettront d’éviter les impacts des activités de pêche sur les espèces protégées. Plusieurs études (sur les interactions pêche-mammifères marins et oiseaux) sont en cours (notamment en Iroise). Par ailleurs, les parcs devront mettre en œuvre de nombreuses mesures des nouveaux plans d’action (PDA) qui seront adoptés en mars 2022 et intégrés dans les documents stratégiques de façade (DSF) – dans le cadre du 2è cycle de la directive cadre « stratégie pour le milieu marin ».

L’action des PNM s’inscrira aussi dans la Stratégie nationale des aires protégées (SNAP) 2030. En particulier, ils devront aller plus loin dans la protection des enjeux de biodiversité et mettre en place des zones de protection forte où les pressions principales sur les enjeux principaux sont réduites voire supprimées. Par ailleurs, les PNM devront grâce à leur « tableau de bord » évaluer l’état de santé de la biodiversité dans le parc et l’efficacité des mesures engagées. Et tous devront travailler à l’élaboration et l’adoption de leur deuxième plan de gestion.

Est-ce que le développement des énergies marines renouvelables nécessite une adaptation des parcs ?

Ces projets peuvent se concevoir dans un PNM. Le Fromveur, chenal entre les îles de Molène et d’Ouessant, dans le PNM d’Iroise, a été désigné comme une zone propice susceptible d’accueillir une ferme d’hydroliennes. Le PNM a travaillé pour déterminer les risques environnementaux d’un tel projet et a conclu qu’il fallait encore disposer de retours d’expérience des machines-pilotes mises en place pour mieux apprécier les impacts. Dans l’exercice de planification de l’énergie et planification maritime, L’Etat devrait néanmoins éviter le plus possible les PNM car ils ont été reconnus pour leur patrimoine et pour la vulnérabilité de leur biodiversité. Quoi qu’il en soit, les industriels qui demandent une autorisation pour implanter des éoliennes ou autres EMR dans un PNM, devront prouver l’innocuité de ces machines sur les écosystèmes marins. Ce qui leur demandera un effort très conséquent en matière de connaissance de la biodiversité et des impacts sur la biodiversité des EMR. Ils devront aussi, car il restera nécessairement un impact, proposer des mesures « de réduction » et de « compensation » qui ne sont pas très évidentes à trouver s’agissant des EMR (faut-il par exemple, stopper les machines lors des périodes de migrations aviaires ?).

Propos recueillis par Gaël Cogné © Mer et Marine, février 2021

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