Aller au contenu principal

Brest va accueillir du 9 au 11 février le One Ocean Summit. Voulu par Emmanuel Macron comme un moment clé de la présidence française du Conseil de l’Union européenne en matière d’environnement, ce sommet vise à accélérer l’agenda international pour la protection des océans.

Olivier Poivre d’Arvor, ambassadeur pour les pôles et les enjeux maritimes, est depuis octobre l’envoyé spécial du président de la République pour l’organisation du One Ocean Summit. Il explique à Mer et Marine les enjeux de cet évènement.

MER ET MARINE : Lors de la présentation du One Ocean Summit au Quai d’Orsay le 28 janvier, Peter Thomson, l’envoyé spécial du secrétaire général des Nations Unies pour les océans, a rappelé qu’il n’y a pas de planète en bonne santé sans océan en bonne santé, que cette santé était sur le déclin mais que 2022 est l’année durant laquelle il est possible d’interrompre ce processus…

OLIVIER POIVRE D’ARVOR : C’est tout à fait exact, 2022 est une année cruciale pour interrompre le déclin des océans, qui sont essentiels pour l’avenir de la planète. Nous avons en effet cette année une série de grands rendez-vous internationaux qui peuvent permettre de prendre ensemble les bonnes décisions et, enfin, d’avoir une action décisive. Ce sont les négociations qui se déroulent actuellement à l’OMC sur la question des subventions néfastes aux flottes de pêche. C’est l’interruption de la pollution plastique qui sera au cœur de l’Assemblée des Nations Unies pour l’Environnement dans les prochaines semaines à Nairobi. Puis nous avons en mars, au siège des Nations Unies à New York, la négociation sur la biodiversité par-delà les juridictions nationales, la BBNJ, suivie au printemps la COP15 sur la biodiversité à Kunming, en Chine, le sommet de l’ONU sur les océans en juin à Lisbonne et en novembre la conférence sur les changements climatiques, qui se déroulera à Charm el-Cheikh en Egypte. Et puis il y a le One Ocean Summit de Brest, qui a été imaginé pour accélérer les échanges et les engagements en amont de ces six autres grands rendez-vous.

La France organise ce One Ocean Summit dans une position particulière puisqu’elle a pris début janvier, pour la première fois depuis 2008, la présidence du Conseil de l’Union européenne. Cet évènement est donc destiné à être un moment important de ce mandat européen sur le plan environnemental. Comment est née l’idée ?

Pour un pays, la présidence du Conseil de l’Union européenne est une occasion rare de porter et éclairer, au-delà des sujets d’actualité, certaines thématiques, et profiter de cette position unique pour obtenir des avancées décisives. Dans le cadre de la préparation de la présidence française, qui n’est pas intervenue depuis 14 ans, des échanges ont eu lieu l’été dernier avec le président de la République pour, justement, que ce moment serve notamment à mettre l’océan en haut de la vague. Les enjeux sont en effet fondamentaux mais ce sujet, dans les grands rendez-vous internationaux, n’apparait que trop souvent traité comme un sous-tiroir d’une grande commode que l’on appelle la biodiversité. A l’occasion de sa venue à Marseille le 3 septembre dans le cadre du congrès mondial de la nature de l’UICN, le président a pu échanger avec une cinquantaine d’acteurs impliqués dans les questions maritimes. C’est là qu’en née l’idée de construire, pendant la française du Conseil de l’UE, un évènement important sur le plan environnemental centré sur l’océan. Et le constat a été fait qu’il ne fallait pas organiser un grand colloque comme on en voit tant, mais à l’image du One Planet Summit un sommet d’engagement qui permet, en réunissant des experts et décideurs politiques, mais aussi économiques et financiers, d’identifier et d’accélérer des initiatives en faveur du climat, de la biodiversité et des océans.

Comment va se dérouler ce sommet ?

Les 9 et 10 février, nous allons avoir deux jours d’ateliers et forums durant lesquels des experts du monde entier, sur place ou en visioconférence en raison de la situation sanitaire, vont se réunir au plateau des Capucins à Brest autour d’une dizaine de grandes thématiques :  la gouvernance des océans, la connaissance scientifique, la pêche, la décarbonation du transport maritime, l’éducation à la mer, l’économie bleue, le verdissement des ports, les risques de submersion, la mobilisation de la finance internationale pour concrétiser les projets... Et puis le troisième jour, le 11 février, aura lieu un segment de haut niveau avec la venue d’une vingtaine de chefs d’Etat et de gouvernement autour du président de la République. Seront aussi présents les dirigeants de grandes entreprises, des ONG, de grandes personnalités du monde maritime...

Avec on l’imagine, à l’issue de ces trois jours, des engagements concrets ?

Oui, il y aura des engagements de la part d’Etats mais aussi d’entreprises, avec de grandes résolutions, sur la pêche, la gouvernance des océans, la science , la lutte contre la pollution… La France portera ses propres engagements sur les aires marines protégées. Elle poussera aussi des résolutions européennes en tant que présidente du Conseil de l’UE. Des coalitions internationales doivent également se mettre en place sur la pollution plastique ou la réduction de la pêche illégale, avec la création d’un label de surveillance, « Global Fishing Watch ». Des mesures très concrètes doivent donc être prises à Brest.

La défense de l’environnement, la lutte contre le dérèglement climatique et la protection de l’océan sont des sujets à la fois cruciaux et passionnés. Ils suscitent beaucoup de débats, de manifestations aussi, nombreux étant ceux qui estiment que les Etats et beaucoup d'entreprises ne vont pas assez loin et assez vite, ou à l’inverse que les exigences des défenseurs de l’environnement sont irréalistes économiquement et socialement… Tout cela alors que l’urgence pour le climat et la biodiversité sont une réalité établie.

Il y a en effet urgence mais si l’on veut transformer en profondeur et efficacement au niveau international, ce qui nécessite des consensus, il ne faut pas s’agiter pour s’agiter, il faut de la méthode et un agenda. Si l’on veut avancer, ça ne sera pas en se contentant de jeter des anathèmes sur des Etats, des ONG ou des entreprises, ce qu’il faut c’est cranter l’agenda sur l’océan en l’accélérant et en amenant les Etats à prendre des décisions. Il faut donc réunir tout le monde autour d’objectifs concrets, obtenir des engagements et créer des coalitions pour pousser des dynamiques et étendre le mouvement à l’échelle internationale. Depuis plus de trois mois, en préparation du One Ocean Summit, se déroule ainsi un travail intense avec l’ensemble du réseau diplomatique français et les délégations européennes partout dans le monde pour travailler sur une dizaine de sujets majeurs. L’objectif est de faire en sorte que le 11 au soir il y ait des engagements concrets de pris.

Dans l’agenda international de 2022, il y aura donc, vous l’avez évoqué, les négociations autour de la BBNJ sur la protection de la haute mer, ce sera l’un des grands dossiers à l'ordre du jour du One Ocean Summit. C’est un sujet crucial qui est sur la table depuis 10 ans mais n’a pas encore avancé. Comment débloquer cette situation ?  

Cette négociation en cours aux Nations Unies concerne 60 % des surfaces maritimes, soit 45 % de la surface du globe. L’enjeu est donc énorme car ces immensités ne sont régies que par le principe de liberté de navigation. Jusqu’ici, les négociations se sont déroulées entre experts, elles sont très techniques et n’en finissent plus. L’objectif est d’en faire maintenant un sujet très politique dans lequel les Etats doivent faire des choix et s’engager dans un accord le plus juste possible pour la répartition des ressources et la préservation de l’environnement. C’est tout l’enjeu du projet de résolution sur la protection de la haute mer qui est préparé par la Commission européenne et sera présenté à Brest, avant d’être soumis aux Nations Unies à New York. Cette résolution doit interpeller les chefs d’État du monde entier sur la nécessité de protéger ce réservoir de biodiversité qui est aussi le premier puits de CO2 et donc un élément essentiel de la régulation climatique. L’Europe, qui dispose du premier domaine maritime mondial, avec en son sein la France qui possède la seconde zone économique exclusive de la planète, vont donc fortement prendre position en ce sens et mènent un intense travail diplomatique pour que cette résolution obtienne l’adhésion du plus grand nombre possible de pays dans le monde.  

Jean-Yves Le Drian a annoncé vendredi dernier la présence à Brest d’une vingtaine de chefs d’Etat et de gouvernement. Cela peut paraitre peu pour des discussions internationales impliquant beaucoup plus de pays. Rien que pour l’organisation maritime internationale on en compte plus de 170 !

Certes, mais on voit bien que réunir tout le monde au même endroit et au même moment n’est pas un gage de réussite. Les grandes avancées internationales sont le fruit d’un travail long et complexe, qui passe d’abord par des échanges bilatéraux, multilatéraux, des coalitions... Il faut créer une dynamique dans laquelle tout le monde n’est pas forcément présent immédiatement mais qui est suffisamment puissante pour entrainer le plus de pays possible et, ainsi, être suffisamment nombreux pour obtenir des avancées réelles. C’est notre objectif et, en cela, la France et l’Europe veulent avoir un rôle moteur.  

L’Europe a donc un rôle crucial à jouer ?

C’est évident. L’Europe, qui est l’une des principales puissances maritimes du monde, doit prendre une place de leader sur ces sujets. C'est d'autant plus normal que parmi les grandes puissances mondiales, c’est celle qui est la plus équilibrée sur les sujets environnementaux et climatiques. Brest permettra de faire entendre la voix de l’Europe et de poser les bases pour la suite de l’agenda, avec tous nos partenaires, en particulier le Portugal qui organisera le sommet de Lisbonne en juin et à qui nous passerons le témoin. Le One Ocean Summit doit notamment permettre de préparer cette échéance majeure pour l’océan, de manière à ce qu'à Lisbonne, les choses ne soient plus à discuter mais à acter. Tout cela s’inscrit dans l’agenda des grands rendez-vous de 2022, mais qui s’étend en fait sur les années suivantes, jusqu’en 2024-2025, avec l’ambition que cette période soit décisive pour l’océan et aussi importante que ce qui a été fait pour le climat en 2015 à Paris.

 

 

275387 one ocean summit
© ONE OCEAN SUMMIT

Aller plus loin

Rubriques
Science et Environnement
Dossiers
OOS : actualités du sommet