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Dans le cadre du développement du réseau européen d’observatoires du fond des mers et des colonnes d’eau (European Multidisciplinary Seafloor and water column Observatory - EMSO), la société morbihannaise RTsys a livré un premier EGIM (EMSO Generic Instrument Module), appelé à être prochainement immergé au large des côtes portugaises.

Développé en partenariat avec l’Ifremer, cette plateforme a été conçue pour accueillir de nombreux capteurs, transmettre régulièrement les données recueillies vers la surface et réaliser des séjours prolongés dans les grandes profondeurs, jusqu’à 6000 mètres. « L’EMSO a pour objectif principal de mener des études de l’impact du réchauffement climatique sur les océans entourant l’Europe. Cet objectif inclut l’étude des écosystèmes marins profonds dans une optique de recherche fondamentale mais également de gestion durable, en s’intéressant particulièrement aux facteurs anthropogéniques et climatiques, ainsi que de générer des données scientifiques continues sur les processus environnementaux marins liés à l'interaction entre la géosphère, la biosphère et l’hydrosphère. S’ajoutent l’étude des processus tectoniques, volcaniques, hydrothermaux, gravitaires et la surveillance des risques naturels associés (séismes, tsunamis, instabilité des pentes) pour les zones côtières à forte densité de population », explique RTsys.

Pour faciliter les recherches et améliorer la qualité des études conduites, le réseau européen, qui s’appuie aujourd’hui sur les instituts de sciences marines de neuf pays membres (Italie, France, Irlande, Espagne, Roumanie, Grèce, Royaume-Uni, Portugal et Norvège), a entrepris d’homogénéiser les mesures obtenues à différents emplacements géographiques. Avec, pour cela, la nécessité d’utiliser le même matériel, les mêmes références de capteurs, les mêmes méthodes de qualification et étalonnage, les mêmes formats de données et les mêmes procédures de maintenance. C’est ainsi qu’est né l’EGIM, dont la mission est de mesurer les paramètres physiques et biogéochimiques en continu et à long terme, de la surface aux grands fonds. Ce qui permettra de suivre de manière cohérente et continue les paramètres environnementaux afin de fournir des données sur les changements marins en Europe.

Le premier observatoire du genre a été livré à Institut Portugais de le Mer et de l’Atmosphère (IMPA) et sera prochainement déployé au large de la côte sud-ouest du Portugal, à 4830 mètres sous le niveau de la mer.

Le cœur de l’EGIM se nomme COSTOF2. Ce système informatique intelligent, issu d’un développement commun entre RTsys et l’Ifremer, vise à apporter une base de fonctionnement unique à un ensemble de capteurs de types, modèles et marques différentes sur une longue période et en totale autonomie (séquencement, synchronisation, stockage, transmission de données). « Sa modularité et sa faible consommation ont été particulièrement travaillées, permettant ainsi d'accueillir toutes sortes de capteurs, du plus simple au plus complexe. L'EGIM apporte aujourd’hui une sélection de capteurs de référence qui synchronise toutes les données dans le COSTOF2 ainsi que l'énergie nécessaire à l’alimentation de chaque capteur quand, précédemment à ce développement, chaque utilisateur d’observatoires sous-marins employait par le passé ses capteurs physico-chimiques choisis ou le plus souvent contraints par l'utilisation des différents data logger utilisés sur une même structure mécanique à déployer. Il fallait ensuite extraire les données récupérées sur chaque capteur via un logiciel propriétaire. Avec le COSTOF2 il est dorénavant possible de récupérer toutes les données synchronisées par modem acoustique depuis la surface ou par modem Wifi », détaille RTsys. Cela, avec une bande passante élevée.

Le COSTOF2 est capable d'opérer sur ligne de mouillage, station de fond marin câblée ou non, ou bouée de surface. Quant au module, il a fallu concevoir un dispositif capable de répondre aux contraintes opérationnelles liées au fait que l’observatoire doit rester en mer sur de longues durées. « Cet équipement doit par conséquent être résistant aux agressions externes, notamment la corrosion électrolytique, d'où l'emploi du couple plastique/titane ». L’EGIM dispose par exemple d’une capacité intégrée d'antifouling à chloration active pour capteurs optiques.

Le module peut selon RTsys assurer la distribution de l'alimentation et des données jusqu’à 12 capteurs (5 à 24 Vdc, communication série ou Ethernet) et permet d’horodater des données avec une horloge commune aux capteurs (avec une dérive inférieure à 1min/an avec TCXO ou 1,5ms/an avec horloge atomique). En plus de la fonction data logger, l’EGIM a la possibilité de déclencher des actions sur évènement : le déclenchement de l’alimentation et enregistrement de certains capteurs en parallèle à la détection d’une valeur cible d’un autre capteur.

Si le système COSTOF2 est déjà utilisé très régulièrement sur les observatoires grands fonds, petits fonds et de surface (sur des bouées) par l’Ifremer, c’est la première fois que RTsys livre un EGIM complet. Deux autres observatoires sous-marins de ce type sont cependant déjà déployés, aux Açores (EMSO) et sur la plateforme océanique des Canaries (PLOCAN). Les prochains devraient suivre en 2022/2023.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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