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L’idée est astucieuse. Plutôt que de déployer de coûteux filets ou d’envoyer des vigies à proximité des plages et spots de surf de La Réunion pour prévenir le risque requin, pourquoi ne pas déployer un rideau de caméras sous-marines à proximité du littoral pour alerter de la présence d’un prédateur ?

Une caméra et une bouée

Sealink, créé par le bureau d'étude Fetch Ingénierie basé à La Réunion, avec une antenne à Nantes, expérimente pour la deuxième fois avec le Centre sécurité requin (CSR) une station sous-marine filmant et retransmettant en temps réel les images. Baptisée InsituCam, elle a été placée mardi dernier à proximité du célèbre spot de surf de Saint-Leu pour le compte de cet organisme associant l’Etat, la Région, des chercheurs, ainsi que des associations sportives, pour chercher des solutions face à la « crise requin » qui a durement affecté l’île et trouver des moyens de prévention et d’évitement des risques.

 

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© SEALINK

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Déjà, un essai de deux mois avait eu lieu il y a un an, devant la plage de Boucan-Canot, près d’une zone de baignade, sur la commune de Saint-Paul. Installé sur une perche, le système se composait d’un caisson étanche abritant une caméra, d’une sorte d’essuie-glace, le « wiper », évitant qu’il ne s’encrasse, et d’un boîtier abritant de l’électronique et l’alimentation. Pour éviter d’être raccordé à la terre par un câble, l'InsituCam est relié à une bouée instrumentée qui alimente la caméra haute-définition avec un panneau photovoltaïque et envoie le flux vidéo par signal radio vers un serveur à terre connecté à internet. La bouée peut également réaliser des mesures environnementales (houle, qualité des eaux). Le tout pèse une quarantaine de kilos. Pour permettre au système d'être efficace, le CSR a développé, de son côté, un algorithme de détection de la nage du requin bouledogue, auteur de presque toutes les attaques à La Réunion.

Une nouvelle version est expérimentée. L'InsituCam est désormais alimentée par trois panneaux photovoltaïques, elle a été équipée d'une antenne plus marinisée et le caisson a été remplacé par une caméra en titanium plus petite, plus légère, plus ergonomique et consommant moins d’énergie. Etanche jusqu’à 100 mètres, elle mesure seulement 12 cm de long, par 3 cm de haut.

 

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L'idée est née « il y a quatre ou cinq ans, on nous avait demandé ce type de bouée », explique à Mer et Marine Julien Dautel, qui a créé le bureau d’étude Fetch Ingénierie spécialisé dans le suivi environnemental en milieu marin, à l’origine de Sealink. « A l’époque, je pensais que ce n’était pas possible. Mais en travaillant sur l’acoustique sous-marine, nous nous sommes rendus compte que, si on pouvait faire transiter un signal acoustique sous-marin avec une énorme bande-passante, cela devait être possible pour une caméra ». Il aura fallu environ deux ans pour développer et tester cette « station d’observation sous-marine ». Non intrusive, elle pourrait également intéresser pour de l’observation ou du recensement d’espèces corrélées avec des paramètres environnementaux mesurés par la bouée.

Des bouées instrumentées facilement déployables

Fetch Ingénierie et Sealink n’en sont pas à leur premier coup d’essai. Déjà, plusieurs bouées instrumentées autonomes pour la qualité des eaux, les mesures de houles ou acoustiques ont été développées et installées. Julien Dautel y voit des instruments d’« avenir », permettant d’avoir des données beaucoup plus complètes que lors de sorties pour faire des prélèvements, souvent dans des conditions de beau temps. « On en est encore aux balbutiements, mais j’ai toujours cru à la pertinence du moyen d’observation continu, de jour comme de nuit et même pendant les tempêtes. Cela permet de faire de la mesure pour constituer de grosses bases de données. De plus, on dispose d’une station d’alerte. Par exemple, sur la qualité de l’eau, si une nappe de produits chimiques est déversée, on peut le savoir en temps réel. C’est très précieux. Cela permet d’avoir des moyens d’observation pérenne pour mieux observer et comprendre les océans ».

 

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Dans ce contexte, « on a essayé de démocratiser l’usage de la bouée instrumentée qui était un peu cantonnée à des projets coûteux », reprend Julien Dautel. Contraint également par les moyens nautiques disponibles à La Réunion, Sealink a travaillé sur des bouées à taille réduite. Loin des grosses bouées de plus de 150 kilos qui nécessitent des moyens nautiques importants pour le déploiement ou la maintenance, Sealink propose des bouées de 40 kilos et 70 cm de diamètre déployables depuis un semi-rigide par deux personnes. Des solutions intéressantes dans un contexte insulaire, mais aussi pour des projets modestes. Moins coûteuses, elles peuvent aussi constituer un réseau de points d’observation et d’alerte.

 

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Si ces bouées n’ont pas le point focal de bouées plus grandes, elles veulent avoir « tout d’une grande », défend Julien Dautel, avec une construction en aluminium marine, une croix de Saint-André et une flashlight. Elles sont destinées notamment à des instituts de recherche, laboratoires universitaires et bureaux d’études. Plusieurs ont été déployées à La Réunion, dans le cadre du chantier de construction de la route du littoral, mais aussi à Hendaye pour des mesures de qualité des eaux et calibrer des modèles de propagation des houles et des effluents.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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Science et Environnement