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Une nouvelle analyse publiée aujourd’hui dans la revue Current Biology révèle qu’un tiers des populations mondiales de poissons cartilagineux (Chondrichtyens) - requins, raies et chimères - sont désormais menacées d’extinction, selon les critères de la Liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Une équipe d’experts du monde entier a évalué 1 199 espèces et en a classé 391 (deux fois plus que lors de l’évaluation de 2014) dans les catégories de menaces de l’UICN En danger critique d’extinction (90 espèces), En danger (121 espèces) ou Vulnérable (180 espèces). Les raies sont les plus menacées des trois groupes de Chondrichtyens (41% des 611 espèces). Environ 36% des 536 espèces de requins et 9% des 52 espèces de chimères sont menacées.

« D’un côté, nous sommes satisfaits que les contributions scientifiques sur les Chondrichtyens soient deux fois plus nombreuses depuis notre première analyse mondiale de ce type, ce qui nous permet d’évaluer le statut d’un plus grand nombre d’espèces avec plus de précision », déclare le Dr Nicholas Dulvy, professeur à l’Université Simon Fraser. « Mais de l’autre côté, notre étude révèle une réalité de plus en plus sombre, ces espèces constituant désormais l’une des lignées de vertébrés les plus menacées, juste derrière les amphibiens, pour les risques auxquels elles sont confrontées. L’épuisement généralisé de ces poissons, en particulier des requins et des raies, menace la santé d’écosystèmes océaniques entiers et la sécurité alimentaire pour de nombreuses nations dans le monde. »

L’étude fait état de niveaux de menace extrêmement élevés pour les requins et les raies des eaux côtières tropicales et subtropicales, où plus des trois quarts des espèces sont menacées. Trois de ces espèces sont désormais, pour la première fois, considérées comme « probablement éteintes ». La stingaree de Java (Urolophus javanicus) et la raie torpille de la mer Rouge (Torpedo suessii) n’ont pas été signalées depuis plus d’un siècle et aucun Carcharhinus obsolerus (surnommé Lost Shark, requin perdu) de la mer de Chine méridionale n’a été vu depuis 1934.

« Les tropiques abritent une incroyable diversité de requins et de raies, mais un trop grand nombre de ces espèces intrinsèquement vulnérables sont soumises à un effort de pêche important depuis plus d’un siècle par une grande variété de pêcheries qui ne font toujours pas l’objet d’une gestion adéquate, malgré d’innombrables engagements d’amélioration », selon le Dr Colin Simpfendorfer, professeur adjoint à l’Université James Cook. « Par conséquent, nous craignons de confirmer bientôt qu’une ou plusieurs de ces espèces ont été menées à l’extinction en raison de la surpêche, une première profondément troublante pour les poissons marins. Nous nous efforcerons de faire de cette étude un point d’inflexion dans les efforts visant à empêcher d’autres pertes irréversibles et à garantir la durabilité à long terme. »

Les Chondrichtyens sont particulièrement sensibles à la surpêche car leur croissance est lente et leur fécondité est faible. Les requins et les raies, recherchés pour leur viande, leur peau, leur huile, leurs ailerons, leurs plaques branchiales et à des fins récréatives (pêche et plongée), sont particulièrement menacés. La surpêche de ces espèces a pris le pas sur la gestion efficace des ressources. Les gouvernements sont loin d’avoir tenu compte des avis scientifiques, d’avoir assumé leurs obligations de mettre fin à l’exploitation non durable et d’avoir accordé la priorité à la protection des espèces de Chondrichtyens. Les quatre familles de Chondrichtyens les plus menacées sont les poissons-scies, les grandes raies-guitares, les diables de mer et les raies aigles pélagiques, avec 100 % des espèces répertoriées comme menacées.

« Notre analyse est alarmante mais offre pourtant un certain espoir », indique Sonja Fordham, présidente de Shark Advocates International, un projet de The Ocean Foundation. « Nous avons observé une reconstitution significative de populations de plusieurs espèces de raies fortement pêchées, grâce à des limites fondées sur la science. Nous disposons des cadres, des outils et des engagements nécessaires pour reproduire ce succès dans le monde entier, mais le temps presse pour un plus grand nombre d’espèces de requins et de raies. Il faut que les gouvernements, encouragés par les citoyens, s’engagent immédiatement à imposer des limites de pêche concrètes pour que la situation de ces animaux extraordinaires puisse changer. » 

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Science et Environnement