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Le 22 décembre, le groupe Bolloré a annoncé ouvrir une période de trois mois pour négocier avec l’armement italo-suisse MSC la cession de ses activités logistiques en Afrique. Une cession qui pourrait redessiner le paysage portuaire sur le continent africain. Un article de Ports et Corridors

Deux mois après l’annonce de la vente de Bolloré Africa Logistics, le groupe basé à Puteaux a annoncé avoir reçu une offre du groupe MSC. Selon le texte publié par les deux opérateurs, cette vente se ferait pour 5,7 Md€, nette des intérêts minoritaires.

Trois mois pour faire une offre

L’armement italo-suisse dispose d’un délai de trois mois, soit jusqu’au 21 mars, pour réaliser un audit et remettre une promesse d’achat. « La décision du groupe Bolloré d’exercer cette promesse et la signature des accords y afférents ne pourraient intervenir qu’à l’issue des procédures d’information et de consultation des instances représentatives du personnel compétentes et de certaines opérations de réorganisation internes au Groupe Bolloré », précise un communiqué de Bolloré.

Du portuaire au ferroviaire en passant par la commission de transport

La cession comprend toutes les activités transport et logistique du groupe en Afrique. Cela concernera donc les opérations dans les terminaux portuaires mais aussi les activités de commission de transport sur le continent ainsi que le ferroviaire en Côte d’Ivoire et au Cameroun. Pour le groupe Bolloré, cette cession marque la fin d’une présence de plus d’un siècle en Afrique. Après avoir cédé l’armement Delmas, en 2005, Bolloré achève son retrait des activités transport sur le continent.

Plusieurs noms ont circulé

Les observateurs ont été parfois surpris du choix de MSC. Parmi les premiers opérateurs à pouvoir reprendre les activités logistiques et portuaires en Afrique figurait, en première place dans la liste, la filiale de Mærsk, APMT, partenaire privilégié du groupe dans de nombreux terminaux. Venaient ensuite des noms comme CMA CGM, dont certains nous ont confié que l’Élysée se serait impliqué dans ce dossier pour éviter de voir partir le fleuron logistique français entre des mains étrangères.

MSC a doublé DP World et Cosco Ports

Autre candidat tout désigné pour la reprise du groupe Bolloré en Afrique, DP World dont l’ambition africaine s’étale dans tous les journaux professionnels. Le groupe de Dubaï n’a pas fait de commentaires sur cette vente. Enfin, certains nous ont affirmé que le groupe chinois Cosco Ports aurait regardé avec attention ce dossier.

Mærsk, partenaire à terre et en mer

En définitive, c’est à Genève que le groupe Bolloré a préféré donner la priorité, à ce jour. Plusieurs éléments restent sans réponses à ce stade. En reprenant les terminaux du groupe, MSC va se retrouver avec son partenaire armatorial dans de nombreux ports d’Afrique de l’Ouest, comme Monrovia, Tema, Cotonou, Lagos ou encore Kribi. Quelle sera l’attitude de APMT avec l’arrivée de ce nouveau partenaire ?

Lomé opposé ou en complément d’Abidjan

De plus, en reprenant les deux terminaux à conteneurs d’Abidjan, MSC va disposer d’une position dominante dans la sous-région. Avec Lomé, Abidjan et San Pedro, MSC va devenir le maître des lieux. Cette position risque aussi d’être une source de préoccupations pour les gouvernements de la région. Après avoir fait de Lomé un hub régional, MSC devra-t-il faire des choix avec Abidjan pour miser sur le bon terminal ?

Une position majeure pour la desserte des pays enclavés

Parallèlement à ce choix, MSC aura une position de première importance pour la desserte des pays enclavés que sont le Burkina Faso et le Niger, voire le Mali. Le nouveau visage du monde de la logistique portuaire en Afrique de l’Ouest va aussi avoir des effets pour l’avenir. Alors que bon nombre d’opérateurs internationaux ont souvent abandonné l’idée d’entrer dans certains marchés face à la puissance de Bolloré, le départ du continent du groupe français pourrait inciter des nouveaux venus, voire des opérateurs déjà implantés, à décider d'agrandir leur réseau.

Les armateurs ont les fonds

Outre l’activité portuaire, la vente concerne toutes les activités logistiques et englobe donc la commission de transport mais aussi le ferroviaire en Côte d’Ivoire et au Cameroun. Des activités toutes aussi importantes, sur le continent africain, que le portuaire. La valeur annoncée de la vente, 5,7 Md€, se justifie. « Les armateurs affichent des résultats indécents avec des bénéfices jamais atteints en trente ans. Ils ont suffisamment de réserves pour investir. Il reste à savoir si le pari sur le portuaire en Afrique payera sur le long terme », nous a indiqué un observateur averti du continent.

© Un article de la rédaction de Ports et Corridors. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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