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La filière des bois tropicaux en Afrique et en Asie est lourdement touchée par la pandémie du Covid-19. Les flux s’en ressentent gravement. Un article d’Hervé Deiss de Ports et Corridors.

Dans son analyse de marché pour la seconde quinzaine du mois de mars, l’ITTO (Organisation internationale des bois tropicaux) met en avant les effets du Covid-19 sur les flux de bois tropicaux. L’analyse prend en compte le début du confinement intervenu dans différents pays d’Europe et dans le monde. Dépendant en grande partie de la construction immobilière, la filière du bois et des produits forestiers voit ses flux se contracter en raison du recul des livraisons. Au cours de cette quinzaine, le BTP n’a pas été touché de plein fouet. Certains pays, comme la France, ont autorisé les travaux à perdurer tout en préconisant le respect des mesures barrières. Une décision qui s’est manifestée dans d’autres pays européens mais aussi en Amérique du nord et au Japon. La situation en avril est plus critique avec l’arrêt de la filière du BTP dans de nombreux pays.

Autre élément important pour cette filière des produits forestiers, la conservation des maillons de la chaîne logistique. Les ports sont apparus essentiels pour de nombreux pays mais avec une nuance de taille : la priorité doit être donnée aux produits de première nécessité et pharmaceutiques. Le bois n’entre pas dans cette catégorie et doit parfois laisser passer d’autres marchandises. En Europe, en Afrique et dans certains pays d’Asie, les ports restent opérationnels à 100% pour permettre l’acheminement des marchandises. Maintenant, le vecteur maritime de la chaîne logistique souffre de certaines restrictions. Les armateurs qui escalent dans les ports italiens, pays le plus touché en Europe par la pandémie, se sont vus refuser l’entrée dans des ports comme au Gabon, en Lybie, en France, en Turquie, au Portugal ou en Guinée Équatoriale.

Au Cameroun, les prix se sont écroulés, notamment pour les produits destinés au marché européen. Les stocks de sapelli augmentent de façon importante, indique l’ITTO. Aux Pays-Bas, les stocks de padouk ont atteint des records. Selon l’ITTO, pour se défaire de ces éléments, les stockistes négocient actuellement l’enlèvement par camion à un prix de 610€/m3, « un prix jamais vu », précise l’ITTO.

Au Gabon, l’activité forestière s’est considérablement réduite. La demande chinoise en ovankgol et okoume s’est contractée pour le marché local. Les producteurs ont ralenti leur production. Selon l’organisation internationale, un chargement de kevanzigo a été transporté au Gabon mais arrêté par les autorités dans le cadre de la lutte contre l’exportation frauduleuse. Dans le même temps, en Guinée Équatoriale, de nombreux lots ont été exportés entraînant par la même la baisse du prix FOB de cette essence.

Au Ghana, la propagation du virus a été plus importante. Le pays compte une centaine de cas. Les mesures prises par le gouvernement ont mis la production forestière à l’arrêt. Parallèlement, la Ghana Ports and Harbour Authority a limité l’utilisation des quais aux produits de première nécessité. Dont le bois ne fait là aussi pas partie, toute l’économie de la filière s’en retrouvant impactée.

En Asie, et plus particulièrement au Vietnam, les bois et produits forestiers ont enregistré une progression de 18% de leur volume sur les deux premiers mois de l’année. Une tendance qui est annoncée à la baisse pour les prochains mois compte tenu du volume des bois exportés vers l’Europe, la Chine, le Japon, la Corée du sud et les États-Unis. Ces pays pèsent 80% des exportations de bois et produits forestiers vietnamiens. Pour le vice-président de l’organisation vietnamienne du bois et des produits forestiers, Ngo Sy Hoai, après des décennies de croissance à deux chiffres, « 2020 pourrait être une année de croissance nulle voire négative ».

Au Brésil, la situation de la filière forestière n’est guère mieux lotie. Le ministère de l’économie annonce une diminution de 20% des exportations au cours de la seconde semaine du mois de mars. Une baisse qui s’est surtout manifestée dans les produits semis finis (-33%), les produits de base (-21%) et les produits manufacturés (-11,6%).