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Le 13 janvier, le Grand Port Maritime de Dunkerque a présenté ses résultats pour 2021. Avec une progression de 8% de ses trafics à 48,6 millions de tonnes, dont 41% de croissance pour le trafic conteneurisé, Dunkerque affiche une santé de fer. Un article de la rédaction de Ports et Corridors

Même si les volumes d’avant la pandémie ne sont pas encore au rendez-vous, Dunkerque Port a su trouver les ressources en 2021 pour revenir dans la course. Le GPM affiche une croissance de 8% en terminant l'année à 48,6 Mt. Des vracs liquides aux marchandises diverses en passant par les vracs solides, tous les voyants sont au vert.

Une croissance liée à la fiabilité sociale

Pour l’autorité portuaire et la mairie de Dunkerque, cette croissance montre la volonté des acteurs locaux de faire du port un poumon économique pour la ville et la région. Franck Gonsse, secrétaire national de la CNTPA, syndicat d’ouvriers portuaires largement représenté à Dunkerque, y attache une autre raison : « Nous fêtons cette année les 30 ans de la paix sociale et de la fiabilité sur les quais de Dunkerque. C’est par cette fiabilité que nous avons réussi à gagner de nouveaux marchés », nous a confié le syndicaliste.

Vracs liquides en hausse de 14%

L’année 2021 se termine avec une augmentation de 14% des vracs liquides à 8,6 Mt. Les hydrocarbures, notamment des produits raffinés, affichent une augmentation de 12% à 3,7 Mt en raison de la reprise économique, explique la direction du port. La croissance économique a poussé la consommation de produits pétroliers. Du côté des entrées de gaz naturel liquéfié (GNL), la hausse est aussi au rendez-vous : + 17% à 4,1 Mt. Une augmentation par rapport à 2020 mais en-dessous des résultats records de 2019. « Les opérateurs ont fait des arbitrages entre les livraisons vers l’Europe ou vers l’Asie. Ces arbitrages ont été en faveur de l’Asie, ce qui a amené une baisse des escales de méthaniers à Dunkerque », a indiqué Maurice Georges, président du directoire de Dunkerque Port.

Les vracs solides tirés par les petits vracs

Du côté des vracs solides, la tendance s’inscrit dans la même veine avec une hausse de 11% à 20,1 Mt. Une augmentation des trafics tirée par les minerais et les petits vracs. Le retour en production des hauts fourneaux d’ArcelorMittal a amené une progression des minerais de fer de 29% à 11,3 Mt. Quant aux petits vracs, composés de ciment, sables, coke de pétrole et ferrailles, ils ont pesé dans la balance. Ils ont progressé de 16% à 3 Mt. Du côté négatif, les flux de céréales accusent une baisse de 29% à 2,4 Mt. Ce courant a souffert, sur la première moitié de l’année, de la mauvaise campagne céréalière 2020/2021 et du démarrage lent de la campagne suivante.

Charbon: l’effet du plan national charbon

Enfin, le charbon perd 1% à 3,4 Mt. Une diminution qui s’inscrit dans la transition écologique avec une réduction des trafics de charbon vapeur, destinés à la production électrique. Dans le même temps, le charbon coke, utilisé par la sidérurgie, affiche une hausse de son trafic. Le plan charbon, mis en place par le gouvernement pour la réduction du recours aux énergies fossiles, a eu un effet lourd à Dunkerque. Pour s’adapter, l’opérateur du Quai à Pondéreux Ouest (QPO), Sea Bulk, une co-entreprise entre le port et Sea Invest a décidé d’arrêter ses activités. Pour le port, il s’agit de penser dès à présent à l’avenir de cet espace.

L’aspect social du plan charbon

Du côté social, cette cessation d’activité signifie de nombreux ouvriers portuaires à reclasser. « Parce que nous avons signé des accords de place portuaire nous avons réussi à éviter une trop grande casse. Une partie des dockers de ce site ont été reclassés dans les autres entreprises du port après avoir été formés pour leur nouveau poste. Nous avons dû malgré tout négocier des départs avec d’autres salariés », explique Franck Gonsse. Des salariés demeurent présents sur le site, où ils sont employés au chargement et déchargement de produits qui y sont stockés.

Diverses: le conventionnel progresse de 48%

Enfin, du côté des marchandises diverses, la hausse s’élève à 3%, soit 19,9 Mt. Une grande partie de cette croissance tient aux produits sidérurgiques traités sur le terminal STE (Société du Terminal de l’Escaut) qui exporte en partie la production d’ArcelorMittal. « Ce terminal a fonctionné à un bon régime pendant l’année », a déclaré Daniel Deschodt, directeur général adjoint en charge du commercial. Les trafics de conventionnel ont affiché une progression de 48% à 1 Mt.

Les conteneurs gagnent 41%

La fierté de Dunkerque Port a été de voir le terminal à conteneurs terminer l’année avec un trafic de 652 000 EVP, soit une augmentation de 41%. « Depuis 2010, Dunkerque a multiplié par trois son trafic conteneurisé », s’enorgueilli le président du directoire. En effet, en 2010 Dunkerque Port traitait 201 205 EVP. « C’est surtout dans cette activité que nous voyons que la fiabilité sociale a porté ses fruits. Nous avons su répondre présent quand les ports voisins ont subi une congestion ou des mouvements sociaux », ajoute quant à lui le responsable de la CNTPA.

Cette hausse du trafic conteneurisé se réalise tant sur les trafics destinés à l’hinterland dunkerquois que sur le transbordement. Cette dernière activité a représenté, en 2021, 40% du trafic total. « Nous sommes devenus le premier port de transbordement de conteneurs en France en proportion », souligne Maurice Georges.

Roulier: l’Irlande n’a pas compensé les pertes sur la Grande-Bretagne

Enfin, dans ce segment des marchandises diverses, le roulier prend une grande part des trafics. En 2021, ces flux ont subi une perte. Avec 13,7 Mt, le roulier diminue de 7% sur l’année passée. Exprimée en nombre de remorques, la baisse de trafic est moindre. Elle est contenue à 6% à 570 000 unités de fret transportées. Une diminution qui tient principalement aux volumes traités sur la Grande-Bretagne. Le port enregistre une baisse de 15% du fret entre Dunkerque et Douvres. Cette diminution est partiellement compensée par la ligne mise en service en janvier 2021 avec l’Irlande qui a rassemblée 53 000 unités de fret.

Le tiers du landbridge britannique

« Ce retrait sur la Grande-Bretagne tient aussi au fait qu’en fin d’année 2020 de nombreux opérateurs ont procédé à du sur-stockage logistique en vue du Brexit », a expliqué Daniel Deschodt. Quant à la ligne avec l’Irlande, elle a connu un bon remplissage au cours de l’année. Les 53 000 remorques traitées sur l’Irlande équivalent au tiers du trafic précédemment réalisé par le landbridge britannique. Et Dunkerque n’a pas de craintes avec l’ouverture d’une ligne par Brittany Ferries au départ de Haropa Port. « Nous ne sommes pas concurrents avec Haropa. Nos compétiteurs sont plutôt à voir au nord avec les ports belges », a précisé le directeur général adjoint de Dunkerque Port. 

Développer l’activité logistique

Fort de ces bons résultats, Dunkerque Port envisage l’avenir en développant ses activités sur la logistique. Le port des Hauts de France a entamé en juillet les travaux d’extension du terminal des Flandres sur 14 hectares. Un investissement de 14,3 M€ cofinancé par l’État, la Région et la Communauté urbaine de Dunkerque. Cet espace sera livré en deux phases. « La première phase va être livrée dans les prochains jours, assure Maurice Georges. La seconde phase le sera en fin d’année ». Cette extension amène le port à envisager, pour 2022, un trafic conteneurs de 750 000 EVP.

Étendre le linéaire de quais de 1000 m

De plus, le projet d’extension du bassin de l’Atlantique, prévu en 2027, est en bonne voie. Le dossier technique a été bouclé et les demandes d’autorisations sont en cours. Ce projet s’inscrit dans le dossier Cap 2020. Il prévoit d’étendre le linéaire des quais du terminal à conteneurs de 1000 mètres. « Nous pensons boucler le tour de table cette année pour une ouverture en 2027 », a confirmé le président du directoire. Les premiers coups de pioche sont attendus pour 2023.

Le Dry Port disposera de 850 m de voies ferrées

En arrière de ce terminal, Dunkerque Port prévoit d’ouvrir son « dry port » au cours du premier trimestre. Il sera doté de 850 mètres de voies ferrées pour constituer des trains complets au départ du terminal. « En 2021, indique Daniel Deschodt, le trafic ferroviaire conteneurisé a représenté 3%. Cette part est prévue de passer à 7% en 2024 ».

Ajouter une extension de la zone logistique

Et pour continuer dans cette veine, le port prévoit d’étendre la zone logistique sur 150 hectares supplémentaires. Il affirme que 80% des espaces sont déjà réservés. Des entreprises qui s’installent sur le port avec en ligne de mire une augmentation des trafics maritimes. « Nous perdons des tonnes avec la baisse du charbon mais nous récupérons des trafics à forte valeur ajoutée », a ajouté Maurice Georges. « N’oublions pas que 1000 conteneurs c’est six emplois directs et induits tant pour les ouvriers portuaires que la communauté portuaire », a surenchéri Franck Gonsse. Des projets pour une nouvelle extension de 40 hectares sont prêts.

Un AMI pour le terminal de ferroutage

Outre ces travaux, le port va lancer dans le courant de l’année un AMI (appel à manifestation d’intérêt) pour un terminal de ferroutage. Il s’agit d’inciter les remorques traitées par DFDS à emprunter ce mode de transport vers leurs destinations finales en Europe. Par ailleurs, le port prévoit d’ajouter une nouvelle passerelle pour le trafic roulier.

Enfin, la logistique céréalière devrait connaître un nouveau rebond : le comblement de la darse pour que Nord Céréales installe un silo et ouvre la voie à de nouvelles capacités pour dynamiser ce courant.

Investissements : une enveloppe de 70M€ en 2022

Au global, après une année 2021 marquée par une enveloppe de 50 M€ pour les investissements, en léger retrait comparativement aux années précédentes, Dunkerque prévoit de se doter d’un montant de 70M€ en 2022, « pour poursuivre la modernisation du port et procéder au rattrapage des années antérieures », a précisé le président du directoire.

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