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Samedi, l’Italie a rendu hommage aux victimes du pont Morandi, à Gênes (*). Mais dix-sept familles de victimes ont refusé de participer aux funérailles nationales organisées par l’État italien. Elles ont préféré pleurer leurs morts dans l’intimité. À Gênes, on craint des retombées économiques négatives notamment sur le port, moteur de l’économie régionale. 

De notre correspondante en Italie, Ariel F. Dumont. Depuis l’effondrement du pont Morandi, mardi dernier, la vie est devenue compliquée et les Génois craignent le pire. « Ce drame aura des répercussions importantes sur la vie quotidienne des Génois, sur le plan social et économique », assure Luigi Merlo, ancien président de l’autorité portuaire génoise et actuel président de Federlogistica-Conftrasporto, l’association de la logistique et des transports.

La ville est coupée en deux car le pont Morandi était la voie centrale du trafic routier. Des itinéraires alternatifs ont été mis en place avec la réouverture de la voie Aurelia, l’antique voie romaine qui relie la capitale à la France via Gênes. Mais la circulation risque d’être rapidement saturée car, au transit journalier des résidents et des poids lourds sur le pont, s’ajoutait le trafic portuaire.

50.000 emplois

On murmure en ville que le Salon nautique qui se tient chaque année en septembre, pourrait être déplacé à Monte Carlo. Pire, qu’une partie du trafic portuaire (ferry-boat, paquebots de croisières, porte-conteneurs), pourrait être déviée ailleurs et que 50 000 emplois sont menacés ont estimé cinquante opérateurs du secteur, réunis en urgence au lendemain du drame pour évaluer son impact économique. « Les travaux sur la construction d’une nouvelle voie autoroutière reliant Gênes à Ventimiglia n’ont pas été terminés, le réseau ferré est inadéquat, le transport des marchandises et l’acheminement des matériaux vers les chantiers navals sera pénalisé », craint Luigi Merlo.

Selon un rapport, les activités du port, l’un des principaux sites européens avec un trafic de 2,2 millions de conteneurs (en EVP, Équivalent vingt pieds) et 51,3 millions de tonnes de marchandises par an, génèrent une valeur annuelle de 10,9 milliards d’euros grâce à toute la filière. Chaque jour, 4 000 poids lourds transitent dans le port et la station maritime accueille chaque année trois millions de passagers. « L’an dernier, le volume global de trafic de marchandises a augmenté de presque 10 %. Le tourisme représente 15 % du PIB régional avec 15 millions de visiteurs par an dans toute la région. Nous réfléchissons à un système de transport nocturne et à ouvrir les terminaux la nuit car on ne pourra pas utiliser les parcours ordinaires de jour », détaille Giovanni Mondini, président de Confindustria Genova, l’association des industriels régionaux.

Un nouveau pont en huit mois

Pour permettre aux 25,5 millions de véhicules qui traversaient le pont Morandi chaque année de continuer à circuler, l’administration locale va devoir trouver des solutions. Et aussi réparer rapidement le tronçon de voie ferrée et les hangars de stockage endommagés pour faciliter le transport des marchandises et des passagers. Le gouvernement a promis d’agir et vite.

Les dirigeants d’Autostrade per l’Italia, société gestionnaire du pont qui s’est effondré à Gênes, ont d’ores et déjà annoncé, samedi soir, que « 500 millions d’euros étaient déjà prêts », sous forme de fonds d’indemnisation, d’une part pour les proches de victimes, d’autre part pour reloger les habitants dont les immeubles sous le pont sont condamnés. Autostrade per l’Italia a aussi évoqué un projet, « qui nous permet, en huit mois (à partir du feu vert des autorités), entre démolition et reconstruction, d’avoir un nouveau pont en acier ».

* Selon les médias transalpins, trois nouveaux corps ont été découverts samedi, portant le bilan à 42 victimes.

Un article publié le 18 août par Le Télégramme