Aller au contenu principal

L’année 2021 marque un nouveau départ pour Haropa Port. L’année de la fusion des trois ports de Seine se termine sur plusieurs records de trafics. Dans ce contexte, le complexe portuaire a inscrit de nombreux investissements et s’attelle à développer la multimodalité. Les travaux sur les postes 11 et 12 de Port 2000 et l’arrivée de TIL donnent un nouvel élan pour le port normand. Un article de la rédaction de Ports et Corridors

L’année 2021 sera à marquer d’une pierre blanche pour les ports de l’axe Seine. Le 1er juin, les trois ports, les GPM du Havre et de Rouen et le Port autonome de Paris, ont été réunis sous une seule entité, Haropa Port. Le pari, imaginé au début des années 2000, a été gagné. Au cours des sept derniers mois de l’année, Haropa Port a mis en place ses différentes instances de gouvernance : le conseil de surveillance, les conseils de développement territoriaux du Havre et de Rouen, le conseil de développement territorial de Paris et le conseil d’orientation de l’axe Seine.

Plus forte progression des ports français

Du côté des trafics, Haropa Port affiche la plus forte croissance des GPM en France. Avec 12%, le trafic maritime atteint 83,6 Mt. Les trois ports de Seine ne retrouvent pas leur niveau d’avant la pandémie mais ils gomment les effets de l’année 2020. Ce niveau de trafic reste en retrait par rapport à 2018 quand Haropa réalisait 94,7 Mt ou encore en 2019 avec 89,9 Mt.

Un record pour les conteneurs

La croissance du trafic a profité aux conteneurs. Le trafic passe la barre des 3,07 millions d'EVP. Au global, le trafic conteneurisé fait un bond de 28%. Une croissance qui se décline tant sur les boîtes transbordées que celles destinées au marché intérieur. Avec 843 000 EVP, le transbordement progresse de 80% d’une année sur l’autre. Cette activité entre pour 27,5% du trafic conteneurisé total.

Le trafic destiné à l’hinterland a augmenté, pour sa part, de 15%, pour s’établir à 2,2 MEVP. Pour la direction, ce trafic a augmenté de 7% pour les conteneurs pleins sur la moyenne des cinq dernières années.

Roulier: progression de 14% dans un marché difficile

Pour rester dans le domaine des marchandises diverses, le roulier affiche une croissance de 14% de son trafic en 2021. Avec 294 000 véhicules traités sur le terminal, Haropa retrouve des couleurs dans un marché compliqué. En 2021, le marché de l’automobile en France a connu une progression de 0,5% par rapport à 2020. Si le marché reste encore loin de son niveau de 2019, un léger mieux se dessine. Ainsi, en 2021, Haropa Port reste en retard de 4% par rapport à son trafic d’avant crise. La direction du port table sur 2025 pour retrouver les trafics automobiles d’avant la pandémie.

Vracs liquides: hausse de 6%

Parallèlement à ces trafics des diverses, Haropa Port a enregistré une progression de 6% de ses flux de vracs liquides. Les courants de pétrole brut ont augmenté de 16% à 15,4 Mt en raison de la reprise de l’activité de la raffinerie de Gonfreville-L’Orcher de Total arrêtée après l’incendie de décembre 2019. Par ailleurs, la raffinerie de Grandpuits a arrêté ses activités pour entamer une reconversion vers le biocarburant.

Une baisse des produits raffinés

Cette progression liée aux importations de pétrole brut aurait pu être plus forte sans la baisse des flux de produits raffinés. Le gazole, importé pour pallier l’arrêt de la raffinerie de Total, s’est fortement réduit en 2021 en raison de la reprise d’activité de Gonfreville. D’autre part, la reprise d’activité sur le site de Gonfreville devrait donner un coup de pouce aux exportations d’essence.

La tendance structurelle de la baisse du raffinage

Cette reprise ne doit pas cacher une tendance structurelle. « Le raffinage va être structurellement en baisse dans les années à venir », souligne Stéphane Raison, président du directoire de Haropa Port. Un changement qui sera porté par la reconversion de la raffinerie de Grandpuits qui amènera de nouvelles importations.

Vracs solides: une baisse liée aux céréales

Enfin, les vracs solides n’ont pas suivi la tendance générale de progression. Avec 13,8 Mt, Haropa Port affiche une baisse de 4%. Une diminution qui tient principalement aux céréales. La première moitié de l’année, équivalent à la fin de la campagne céréalière 2020/2021, a été difficile en raison d’une récolte de moindre qualité. La seconde moitié de l’année a été meilleure avec une progression de 42% sur les quatre derniers mois de 2021. Partant des silos rouennais, les céréales françaises ont alimenté l’appétit chinois pour une grande part, et les premiers appels d’offres sur le Maghreb.

Bonne tenue des flux liés au BTP

La baisse des trafics céréaliers de Haropa (-13%) a été en partie compensée par la bonne tenue des trafics de la filière du BTP. Les importations d’agrégats ont progressé de 25,5% à 2,5 Mt. De plus, le clinker et le ciment terminent l’année avec une hausse de 33% à 620 000 t. Des augmentations qui sont tirées par les chantiers comme ceux du Grand Paris Express.

L’année de la relance industrielle

Dans ce contexte de croissance, Haropa Port maintient sa politique d’investissement. En 2021, Ikea ou encore Goodman ont implanté leurs activités dans les ports de Seine. L’année 2022 sera celle de la relance industrielle et logistique. Stéphane Raison a annoncé la relance du projet sur le terminal multivrac du Havre. Un appel à projets sera lancé sur le premier trimestre de l’année, a confirmé le président du directoire.

550 M€ d’investissements privés

Après deux années d’investissements privés élevés, à savoir 350 M€ en 2021 et 246 M€ en 2020, les industriels semblent faire de l’axe séquanien le nouvel eldorado. Stéphane Raison annonce 550 M€ d’investissements sur l’axe en 2022 par le secteur privé. L’autorité portuaire ne sera pas en reste puisque le budget prévoit une enveloppe de 256 M€ en 2022.

Verdissement des ports

Cette enveloppe que le port consacre sera tournée en partie vers la transition énergétique à hauteur de 16%. Les projets sont nombreux dans ce secteur « et s’inscrivent dans le plan de relance de l’État qui prévoit le verdissement des ports et pour lequel Haropa Port s’est vu attribuer 71 M€ de subventions de l’État », précise le président du directoire.

Électrification et capture de CO2

Parmi les projets entrants dans le cadre du déploiement de la transition énergétique, Haropa Port va installer l’électrification des quais au Havre, sur le terminal de la Pointe de Floride dédié à la croisière, à Rouen avec 12 bornes électriques, et à Paris pour les unités fluviales. Autre projet, le développement d’un hub d’export de CO2 en France. Cinq industriels (TotalEnergies, Yara, Exxon, Borealis et Air Liquide France Industrie) ont signé un memorandum pour créer un consortium. En 2022, le consortium lancera des études sur les infrastructures, les contrats de stockage et de transport de CO2. Dans un premier temps, ces industriels pourraient capter 1,3 Mt de CO2 chaque année jusqu’en 2027 pour ensuite passer à 7,7 Mt à l’objectif 2040.

Croissance des flux fluviaux

Cette transition écologique passe aussi par le développement du multimodal sur l’axe Seine. En 2021, le trafic fluvial a enregistré une progression de 4% sur la Seine pour atteindre 22,5 Mt. Une croissance tirée par la filière BTP dopée par les grands travaux en Ile de France comme le Grand Paris, les Jeux Olympiques 2024 et toute la filière environnement liée à ce secteur comme l’évacuation des déblais de chantiers.

Part modale fluviale à 12% pour les conteneurs

Quant au poids du fluvial dans les conteneurs, il se maintient à 12% de parts de marché avec 270 000 EVP. Un score handicapé par les perturbations logistiques. « Face aux contraintes générées par la reprise d’activité subite, les armements ont privilégié le routier, pour sa capacité à évacuer rapidement les conteneurs. Des efforts restent néanmoins à porter dès 2022 sur la massification des flux, tant sur l’hinterland plein que sur le conteneur vide. »

Ferroviaire: augmentation des fréquences des navettes

Haropa Port souhaite aussi développer le mode ferroviaire. En 2021, un service régulier ferroviaire sur Chalon sur Saône a démarré. De plus, les deux navettes sur Vierzon et Bordeaux ont vu leur fréquence augmenter. Par ailleurs, le Terminal multimodal du Havre a traité en 2021 94 000 conteneurs. Un record dans l’histoire de cet outil créé en 2015. Au global, le ferroviaire a traité 4% de part modale du trafic conteneurisé.

Rééquilibrer la logistique francilienne sur l’ouest

Dans un contexte de reprise économique, Haropa Port investit pour augmenter ses capacités. Sur le fluvial, le port s’est engagé à Achères, dans l’ouest parisien. Sur une zone de 100 hectares. Une plate-forme, orientée vers les trafics de la filière du BTP, qui réclame un investissement de 122 M€. Dotée d’un quai, d’un faisceau ferroviaire et de 52 hectares à usage économique, cette plate-forme permettra de développer l’économie logistique sur l’ouest de la Région Ile de France. À Rouen, le port prévoit d’agrandir le terminal de Radicatel. Les travaux, programmés sur la fin de l’année, doivent apporter 220 mètres linéaires de quai supplémentaires. « L’objectif est à la fois de sécuriser le trafic conventionnel et conteneurisé existant et de permettre le développement de lignes shortsea », indique Stéphane Raison.

Postes 11 et 12 de Port 2000: le remembrement en discussion

Enfin, au Havre, les deux derniers postes à quai de Port 2000, les postes 11 et 12, sont en cours de finalisation. Ils offriront 42 hectares supplémentaires d’espace et permettront d'augmenter la capacité du port de 1 MEVP. Le port prend en charge l’aménagement, à savoir la réalisation du quai, les opérations de dragage et les travaux pour la desserte terrestre. Les opérateurs seront en charge de l’aménagement de surface de ces postes.

Se pose la question de l’organisation de Port 2000. Ces deux postes sont attribués à deux manutentionnaires différents. Pour une meilleure organisation, Haropa Port avec les opérateurs négocient le « remembrement » des postes avec les opérateurs pour trouver une solution opérationnelle et efficace.

MSC reprend TNMSC et Terminal Porte Océane

Port 2000 se modifie. En décembre, la filiale manutention de MSC a repris la totalité du capital de TNMSC et de TPO (Terminal Porte Océane), en rachetant les parts de Terminaux de Normandie. En venant au Havre, les dirigeants de TIL ont rassuré la direction de Haropa Port en lui exposant leurs projets de développement « au travers d’un ambitieux programme d’investissement », a indiqué le président du directoire. Le manutentionnaire veut pouvoir traiter les navires de 24 000 EVP de l’armement dans un proche avenir. Pour la direction du port, ces annonces « généreront un tournant dans le développement de MSC/TIL au Havre, ainsi que pour le repositionnement du Havre par rapport aux ports concurrents d’Europe du Nord »

© Un article de la rédaction de Ports et Corridors. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

Aller plus loin

Rubriques
Vie portuaire
Dossiers
Port du Havre Port de Rouen