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Le 15 octobre, le président de la région Normandie, Hervé Morin, a présenté avec les responsables portuaires, les ambitions pour ses ports. Elles s’articulent en cinq axes. Un article d'Hervé Deiss de Ports et Corridors

En matière portuaire, la région Normandie se place parmi les premières régions françaises. Avec, d’une part, les ports de Cherbourg, Caen-Ouistreham et Dieppe regroupés sous Ports de Normandie et, d’autre part, Haropa Port, dont deux ports, Le Havre et Rouen, ont élu domicile en Normandie, la Région est bien dotée.

Une série de propositions concrètes

La création de Ports de Normandie en janvier 2019 et celle de Haropa Port le 1er juin, donnent à ces ports un statut pour se développer. Fort de son poids portuaire en France, la Normandie a présenté ses ambitions portuaires pour les prochaines années. « C’est donc une série de propositions concrètes et complémentaires de celles présentes dans le projet stratégique d’Haropa, qui est ainsi avancée dans le but d’inscrire l’ensemble portuaire dans une dynamique territoriale en lien avec les stratégies des acteurs au sens large (chargeurs, industriels, manutentionnaires, collectivités locales…) », indique un document de la Région.

Une déception sur la gouvernance

Certes, dès les premières lignes de ce document, la région Normandie souligne sa déception de ne pas avoir été entendue par l’État pour disposer d’une plus grande place dans les organes de décision de Haropa Port. Le président de la Région l’a répété en affirmant qu’il ne voulait pas présenter un modèle de gouvernance alternatif, « même si nous le souhaitons en s’inspirant du modèle des ports hanséatiques avec une gouvernance partagée entre la collectivité régionale et les acteurs économiques ».

Un développement industriel responsable et vertueux

Les ambitions portuaires de la région Normandie s’articulent autour de cinq axes, chacun décliné en propositions et actions. Le premier axe vise à faire des « ports comme sites privilégiés pour un développement économique et industriel responsable et vertueux ». Le premier enjeu de cet axe doit favoriser l’implantation d’industries à potentiel de développement pour trouver un relais de croissance à la réduction des énergies fossiles. Cela passe par le soutien aux énergies marines renouvelables par une collaboration entre les ports. La région propose de créer un véritable réseau partenarial entre les ports pour apporter des solutions industrielles et logistiques au développement des EMR.

Travailler sur l’hydrogène

Dans le cadre de cette proposition, la Région souhaite aussi que soit développé la production, le déploiement de solutions et les infrastructures d’avitaillement ou de transport de l’hydrogène. Pour atteindre cet objectif, la Région aimerait que soit créé un comité de pilotage regroupant Haropa, la Région, les intercommunalités et les industriels pour constituer un projet stratégique territorial. Les responsables de la Région souhaitent aussi que les activités portuaires soient un levier de développement de cette énergie.

Un territoire pilote pour la captation de CO2

Autre levier pour répondre à cet axe de verdissement et d’industrialisation, faire de la Région un territoire pilote en matière de captation de CO2. Une étude menée par Synerzip et les industriels de Port Jérôme pour réfléchir aux moyens d’utiliser et valoriser le CO2 d’une part, et de capter et stocker ces émissions, d’autre part.

Développer l’économie circulaire

La seconde proposition vise à soutenir les démarches d’écologie industrielle en vallée de Seine au travers de la mise en place d’une économie circulaire. « L’objectif de cette expérimentation est de créer les conditions d’une démultiplication des échanges de matières et de services entre entreprises de cet espace dans une volonté d’optimisation des ressources grâce à une meilleure connaissance des flux de matières entrants et sortants des entreprises, localisées dans un périmètre allant de l’estuaire de la Seine jusqu’à Louviers Val-de-Reuil », indique le document de la Région Normandie.

Proposer des terrains « clé en mains »

La troisième proposition tend à développer le foncier en proposant des terrains « clé en mains ». La Région propose de mettre des surfaces importantes pour être « prêt quand les grands projets logistiques seront matures ». Elle dresse le constat d’une obsolescence de certains bâtiments logistiques sur le port. « Il est indispensable aujourd’hui de proposer des bâtiments répondant aux dernières normes et offrant des qualités de services, notamment numériques, à la hauteur des attentes des clients et capables de concurrencer les ports du range nord. » Le gouvernement a déclaré, le 5 octobre, que le site le long du canal du Havre entrerait dans les sites industriels clé en mains.

Transition écologique et énergétique

Le second axe de cette ambition portuaire régionale s’articule autour de la transition écologique et énergétique. La Région veut faire de ces transitions un levier de compétitivité sur son territoire. L’enjeu est de limiter l’impact des activités industrielles et logistiques sur le changement climatique et anticiper les impacts de ce changement climatique dans les zones portuaires. Parmi les propositions de la Région se retrouvent la volonté de développer la sobriété énergétique dans les aménagements portuaires, la généralisation d’une industrie éco-efficiente et d’entraîner les entreprises vers des modèles économiques plus durables.

Mettre en place des stratégies

La Région veut être moteur sur ce dossier. Elle plaide pour entamer une démarche prospective. « Il est donc primordial d’entamer une démarche prospective visant à identifier les risques liés aux changements climatiques, et de mettre en place des stratégies afin de garantir la pérennité des activités portuaires et la compétitivité des ports normands », indique le document.

Favoriser le report modal, pas Seine-Nord

L’ambition portuaire régionale va encore plus loin en soutenant le report modal vers le ferroviaire et le fluvial. Elle plaide pour le soutien à la ligne de ferroutage entre Cherbourg et Bayonne. Elle souhaite que le contournement nord de l’Ile de France pour le ferroviaire soit réalisé. Enfin, elle voudrait proposer des outils financiers pour faciliter le report modal. Le canal Seine-Nord n’est pas cité. « Il est en filigrane dans ces ambitions », a précisé Jérôme Rigaudière, chargé de projet logistique à la Région Normandie. De toutes les manières, les élus de Normandie ont toujours émis des réserves sur ce dossier.

Transition numérique comme vecteur de croissance

Le troisième axe de ces ambitions portuaires portent sur la transition numérique comme vecteur de croissance des places portuaires. Il s’agit de favoriser la coopération autour de la donnée pour maîtriser et assurer la compétitivité des ports. La Région Normandie propose de « mettre en place une porte d’entrée numérique portuaire commune entre Haropa et les ports régionaux, type Port Community System, en s’appuyant sur l’expertise développée par les entreprises normandes. » Les réalisations menées par France PCS et la Soget ne semblent pas encore être arrivées jusqu’aux bureaux de la Région.

Formation et emploi adaptés aux besoins

Le quatrième axe vise à améliorer l’emploi et la formation comme clé de la réussite des projets d’implantation industrielle et logistique en Normandie. Pour répondre aux besoins des entreprises qui s’installent sur le territoire, la Région souhaite que l’offre de formation s’adapte aux besoins des entreprises et aux « métiers de demain ».

Revoir la méthode d’évaluation des ports

Le dernier axe de cette ambition portuaire de la région Normandie vise à ancrer territorialement les ports en fonction des enjeux de développement économique. En créant de la valeur, les activités portuaires participent au développement économique de la région, « pas seulement aux ports », précisent les responsables régionaux. Cela passe par une place des acteurs publics et privés dans la gouvernance de ces ports. L’autre volet de cet axe doit modifier les méthodes d’évaluation des projets portuaires en mettant la valeur créée sur le territoire au cœur de l’analyse. De plus, la Région Normandie propose de revoir le modèle économique de l’ensemble portuaire, notamment la politique de dividendes et de financement de l’État pour les Grands Ports Maritimes.

© Un article de la rédaction de Ports et Corridors. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

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