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La station de pilotage de Sète va prochainement lancer une consultation auprès des chantiers navals pour la construction de sa nouvelle vedette. Un bateau dont le modèle a déjà été choisi puisque les pilotes languedociens ont confié sa conception au bureau d’architecture nantais Pierre Delion, qui enregistre ainsi un nouveau succès sur ce marché. Ce sera en effet la septième pilotine française à adopter l’un de ses design. Quatre d’entre elles, réalisées par le chantier finistérien Sibiril, sont déjà en service : la CH 4 (unité de 12 mètres livrée en 2014 à la station de Cherbourg), l’Hirondelle de la Manche (12 mètres, 2017, Le Havre), le Pélican (14.5 mètres, 2019, Seine) et la P XVIII (13.7 mètres, 2020, Dunkerque). Deux autres sont actuellement en construction, la première de 10.8 mètres, qui doit être livrée cette année par Sibiril aux pilotes de Saint-Malo et la seconde de 15.5 mètres, produite dans le chantier morbihannais Bernard et destinée à la station de la Seine, où son arrivée est attendue en 2022.

La future vedette sétoise, qui sera comme ses aînées construite en composite, sera du même modèle que la P XVIII dunkerquoise, avec quelques évolutions et adaptations pour les besoins des pilotes de Sète, par exemple sur l’aménagement de la timonerie ou encore un système de récupération d’homme à la mer différent. Longue de 13.6 mètres (14.2 mètres hors tout) pour une largeur de coque de 4.49 mètres, elle sera équipée de deux moteurs diesels et deux lignes d’arbres pour une vitesse maximale de plus de 20 nœuds. La cabine sera montée sur plots élastiques pour améliorer le confort en réduisant le bruit et les vibrations. Comme celui du constructeur, le choix du motoriste n’est pas encore acté.

 

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© ARCHI DELION

La future pilotine (© : ARCHI DELION)

 

L’architecte choisi avant le chantier après un test à Dunkerque

Alors que Sète mûrit ce projet depuis deux ans, habituellement, les stations ont plutôt tendance à choisir d’abord le chantier, une approche tentée dans un premier temps avec des demandes aux constructeurs basées sur deux modèles possibles (Delion ou Pantocarène). Mais le résultat n’a pas satisfait les pilotes. Ils ont finalement décidé de retenir d’abord l’architecte, qui les accompagnera tout au long du projet. Cela, après avoir éprouvé la P XVIII au mois de janvier à Calais, en plein hiver, alors que les conditions de mer étaient musclées. « Nous avons fait notre choix après avoir testé la pilotine réalisée pour Dunkerque et échangé avec nos collègues sur leur retour d’expérience avec ce bateau. Ce qui nous a plu, c’est le comportement général du navire dans le gros temps et nous avons eu un bon contact avec Pierre Delion, que nous avons rencontré à Nantes en marge d’une session au simulateur de pilotage et qui est également venu ici nous expliquer son concept », explique à Mer et Marine Gabriel Charpentier, président de la station de Sète. « Nous allons prochainement lancer la consultation pour la construction de cette pilotine auprès de plusieurs chantiers ». Les Bretons Sibiril et Bernard seront notamment sollicités, mais aussi au moins un Méditerranéen, le chantier Gatto de Martigues. « Nous sommes ouverts à toute proposition, même si les chantiers français ont notre préférence ».

 

La pilotine Golfe du Lion (© : PILOTES DE SETE)

 

La nouvelle vedette succèdera à la Golfe du Lion, l’une des deux ORCA de 13.6 mètres conçues par le bureau Pantocarène de Didier Marchand, dont dispose la station sétoise. Une pilotine datant de 2009 alors que l’autre ORC 136, la Saint-Louis, est beaucoup plus récente puisqu’elle a été mise en service en 2018. Des bateaux taillés pour le gros temps qui « donnent toute satisfaction », dit Gabriel Charpentier. « Les pilotines de Didier Marchand ont apporté beaucoup d’évolutions dans ce marché, ce sont des bateaux très typés, faits pour passer face à la mer », ajoute Erwan Follezou, pilote à la station de Sète en charge du projet de nouvelle vedette. Mais c'est Delion qui a finalement emporté la partie : « Nous avons trouvé le compromis dessiné par Pierre Delion pour Dunkerque intéressant avec un bateau polyvalent, qui se comporte bien dans tous les secteurs ».

 

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© ARCHI DELION

La pilotine P XVIII de la station de Dunkerque (© : ARCHI DELION)

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© ARCHI DELION

La pilotine P XVIII de la station de Dunkerque (© : ARCHI DELION)

 

Des conditions spécifiques qui nécessitent des bateaux très robustes

Car le travail au large du port languedocien est particulier, les pilotes devant composer entre des conditions idéales et des états de mer particulièrement sévères, la position géographique de Sète engendrant des besoins spécifiques par rapport à d’autres stations méditerranéennes. « Nous sommes sur une zone compliquée en termes de météo et de houle, la particularité de Sète étant qu’il n’y a pas d’abri pour embarquer, on est directement dans le golfe du Lion, contrairement par exemple à Toulon avec sa rade et Marseille avec les îles du Frioul. De ce fait, dès que le vent de sud-est se lève, pendant les fameux épisodes cévenols, nous avons très vite des houles de 6, 8 ou 10 mètres. Nous avons donc besoin de matériel très costaud pour sortir en sécurité et continuer de servir les navires pendant les jours les plus durs, entre 30 et 60 par an. C’est pourquoi nous disposons d’équipements plus robustes que ce que l’on trouve généralement en Méditerranée, avec des bateaux plutôt du type de ceux de nos collègues qui travaillent en Atlantique et mer du Nord », détaille Gabriel Charpentier. D’où les ORCA et le futur modèle Delion, lui aussi taillé pour des conditions de mer musclées et dont les pilotes dunkerquois sont apparemment très satisfaits.

Plan de renouvellement de la flotte

L’acquisition de cette nouvelle vedette s’inscrit dans le cadre d’un plan de renouvellement de la flotte initiée il y a plusieurs années par la station : « Ce plan représente un investissement très lourd pour une station comme la nôtre, qui ne compte que six pilotes. Il vise à disposer de moyens fiables, à forte disponibilité et globalement moins gourmands en énergie. Nous disposons aujourd’hui de nos deux vedettes tous temps, les Saint-Louis et Golfe du Lion, et nous avons supprimé une troisième pilotine bimoteur. Elle a été remplacée par un canot léger que nous pouvons utiliser par très beau temps, avec comme avantage de consommer moins de carburant et donc de réduire les émissions polluantes, ce qui fait aussi partie de nos objectifs. En fonction de la météo, on utilise donc le moyen le plus adapté, et quand nous n’avons pas besoin du bateau de 1000 cv, nous prenons celui de 140 ». Ce canot léger, baptisé Sterne, c’est une embarcation d’environ 7 mètres rachetée l’an dernier à la station de la Loire, qui l’avait faite construire pour son bateau-pilote, la Couronnée IV.

 

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© MER ET MARINE- VINCENT GROIZELEAU

La Couronnée IV mettant à l'eau l'une de ses embarcations (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

18 mois d’expérimentation avec la première pilotine 100% électrique

La station sétoise fait aussi partie des pionnières dans le domaine des nouvelles solutions de propulsion puisqu’elle va être la première à expérimenter une pilotine 100% électrique. Il s’agit de la vénérable Maguelonne, unité de 12 mètres construite à l’origine pour les pilotes marseillais, en 1980. Dans le cadre d’un projet porté par la société MGH, la vieille pilotine a été remotorisée et équipée de batteries dans le chantier naval des pilotes de Marseille-Fos. Après cette transformation et une première série de tests, elle a rejoint la semaine dernière Sète, où le port a installé une borne électrique pour le rechargement de ses batteries. « MGH a développé ce prototype de pilotine 100% électrique et nous sommes partenaires du projet. Nous allons la tester pendant 18 mois afin de démontrer qu’une pilotine électrique, c’est quelque chose de pertinent pour l’embarque et la débarque ».

 

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© MICHEL FLOCH

La Maguelonne, ici avant transformation (© MICHEL FLOCH)

 

Un fort impact de la crise sanitaire sur l’activité

Les pilotes sétois, qui viennent aussi régulièrement en renfort auprès de leurs collègues de Port-la-Nouvelle et Port-Vendres, ne manquent donc pas de projets, et maintiennent le cap malgré une chute du trafic consécutive à la crise sanitaire. « Nous effectuons généralement 2000 mouvements par an mais en 2020 le trafic a fortement baissé et il ne s’est pas encore rétabli. Nous continuons de souffrir de la perte des liaisons ferries avec le Maroc, qui avaient un peu fonctionné entre deux suspensions l’an dernier mais qui sont complètement à l’arrêt depuis le début de cette année. Et puis bien sûr il y a eu un impact considérable sur la croisière, qui avait fortement progressé en 2018 et 2019 à Sète et qui est passée à zéro. Mais nous ne nous arrêtons pas à cela. On sait que le trafic va repartir, la seule question est de savoir quand et à quel rythme. Nous sommes en tous cas confiants et c’est pourquoi nous n’avons pas remis en cause notre projet de renouvellement de la flotte ».

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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